Présentation

Des origines monastiques

Les grands couverts sont des bâtiments agricoles typiques du Pays Roannais. Multi-fonctionnels, ils regroupaient à l’origine  sous un même toit les espaces dévolus aux hommes, aux animaux, et au stockage.
Origine du terme « grand couvert »
L’abbé MANCEY (18/01/1905-14/02/1986, curé successivement de Regny et Coutouvre), observateur attentif de la campagne roannaise, signala le premier l’intérêt de ces bâtiments et recueillit de la bouche d’un paysan le terme de  « grand couvert » qui leur était appliqué, en référence à l’immense toiture à quatre pans de ces constructions.

Par la suite, Robert Bouiller, conservateur du Musée Alice Taverne à Ambierle depuis 1969 étudia ces constructions et révéla leur originalité.
A son tour au cours des années 1990, l’association Patrimoine Haut-Beaujolais a réalisé, par l’intermédiaire de Danièle Miguet (conservatrice des musées de Charlieu) et Thierry Lager (patrimoine Haut-Beaujolais), un inventaire des grands-couverts encore existants.
Les grands couverts dans l’histoire du roannais:
Les grands couverts les plus anciens connus dans le Roannais datent du XVIème siècle. En raison de leur technique de construction, on peut émettre l’hypothèse qu’ils étaient originairement les bâtiments agricoles des établissements monastiques cisterciens du Roannais.
Une datation difficile:
Comme pour l’ensemble de l’architecture rurale, il existe peu de traces écrites concernant les grands couverts. Quelquefois, un élément de datation est apporté par le bâtiment lui-même (date gravée…). Le cas est rare et doit toujours être considéré avec prudence, l’élément daté pouvant être un réemploi et la date pouvant aussi correspondre à un événement domestique, tel qu’un mariage.

datation-1.jpg
Le Grand-Couvert: une cathédrale de bois

Une charpente remarquable, une toiture imposante:
Les grands couverts sont des bâtiments construits avec une charpente porteuse (système de fermes sur poteaux) . La toiture se compose de quatre versants (deux longs pans et deux croupes) et se caractérise par sa surface : la toiture atteint souvent les 600 m², ce chiffre pouvant aller jusqu‘à 1000 m². Elle est constituée de tuiles canal creuses.
Les pièces de bois (chêne) sont largement surdimensionnées. Les poteaux sont isolés de l’humidité du sol par un socle de pierre. Ils soutiennent une poutre  ou entrait d’une portée de 5 à 7 m.
L’originalité réside dans la technique de construction de la croupe formant l’auvent : les voliges reposent sur une série de chevrons rayonnants qui prennent appui sur l’extrémité de la panne faîtière.

charpente-1.jpg
charpente-2.jpg
Un bâtiment multi-fonctionnel

Le grand couvert est un bâtiment agricole particulièrement adapté à l’élevage:  l’espace central permet de stocker une grande quantité de fourrage et d’abriter le matériel de la ferme, l’un des espaces latéraux délimités par les poteaux de la charpente est réservé à l’étable, et la porte d’entrée, dite  « porte charretière » est surmontée d’une grande ouverture protégée par l’une des croupes formant auvent, pour l’aération du foin.
Suivant les zones d’implantation et l’époque de construction, le bâtiment peut intégrer d’autres fonctions:
- Cave et cuvage,
- logement,
- poulailler,
- porcherie,
- clapier....

Une construction typique du pays roannais

Répartition geographique.
L’aire d’extension des grands couverts correspond  globalement à la plaine roannaise et à ses marges. On constate toutefois un déséquilibre géographique au profit de la rive droite, puisque le grand couvert est encore bien présent sur les premières pentes des Monts du Beaujolais, (Montagny, Combre, Coutouvre, Thizy) alors qu’il est à peu près absent de la Côte roannaise.
En Saône-et-Loire, on trouve encore certains grands couverts dans le sud du Brionnais.
La plus forte densité se trouve  sur la zone de plaine, au nord-est de Roanne : Perreux , Pouilly, Mably, Brienon…
repartition-geographique.jpg                                          
Des bâtiments en voie de disparition

Actuellement, le nombre de bâtiments existants est d’environ 200. Les grands couverts sont cependant en voie de disparition: leur entretien nécessite des moyens importants, et ils ne correspondent souvent plus aux impératifs de l’agriculture actuelle.

Une mosaïque de matériaux de construction

Le grand couvert est un bâtiment à charpente porteuse. Les murs ne sont donc le plus souvent qu’un remplissage. Tous les matériaux sont représentés, coexistant parfois, en fonction de la nature du sol:
La brique
Elle fut employée discrètement jusqu’au 18ème siècle. A partir du 19ème, elle remplace la pierre dans les encadrements et est couramment utilisée dans les murs. Elle peut être remplacée par un empilage de tuiles ratées à la cuisson.
Le pisé
En l’absence de pierres de construction, la présence sur place de graviers, de sable et d’argile incite à construire en pisé. Constitué de couches de terre argileuse compressées et séparées par des bans de mortier de chaux, le pisé est un mode de construction économique, offrant une bonne isolation.
le-pise.jpg

La pierre:
Certains murs sont réalisés avec un empilage de pierres (calcaire, silex, micro-granite), liées par un mortier à la chaux. Ces pierres sont prises à proximité immédiate des constructions, d’où leur diversité.

Le bardage:
Parfois le haut du bâtiment est ajouré à l’aide de bardages de bois de façon à faire circuler l’air pour sécher le foin.